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La Disparition est publiée en France en 1969. La disparition suit la règle du lipogramme, texte dans lequel une ou plusieurs lettres sont omises. Le grand jeu du livre est de donner des indices sur l’absence de la lettre E. Georges Perec était un passionné de jeux verbaux. Il crée des mots croisés pour des magazines parisiens et est l’auteur du plus grand palindrome de la langue française.

La disparition : la performance poétique et symbolique du lipogramme

La disparition de Georges Perec est un roman policier dans lequel il y a beaucoup à révéler de la disparition du protagoniste à la disparition de la voyelle E. Cette violence contre le langage est une ruse contre les algorithmes du système, réalisée dans les règles mêmes de la combinatoire. De la même manière, un protagoniste absent victimise le récit en termes d’expression, créant une absence qui est, paradoxalement, un non-dire. Un crime performatif commis par la littérature. La disparition de Voyl est un trou noir ou une lacune qui ramène tout dans l’inconnu, dans un roman qui s’articule autour de l’idée du manque. Cela suggère que toute possibilité sémiotique, même toujours labile, réside dans un silence.

Plus que cela, toute l’intrigue du roman, qui raconte l’enquête sur les allées et venues d’un personnage nommé Antoine Vagol, tourne autour de la disparition de la voyelle. Absente du texte, la lettre est évoquée tout au long du récit, dans des images qui font référence à l’apparition du E, comme des tridents, et des références au chiffre 3, qui peut être vu comme un E inversé. Il y a aussi des allusions subtiles, comme dans la scène où un chanteur d’opéra meurt en essayant de chanter une note E, dont le chiffre est la lettre E. Dans les explorations formelles de Perec, la lettre E occupe une curieuse place prédominante.

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Le livre sans e est écrit comme un crime

La disparition est l’usurpation de la langue française sous les yeux du lecteur : un roman fait des restes d’un code auquel quelque chose a été soustrait. Victimisant le système linguistique français dans son propre sein en amputant sa lettre la plus fréquente, Georges Perec suscite des opinions réactionnaires, effrayées par ce bouleversement sémiologique.

Une expression souvent reprise par le narrateur de La disparition définit cette notion d’écriture comme un crime et l’absence de structure du roman. Si, à un premier niveau de lecture, une telle construction pourrait se traduire par un insecte au vol dense/lourd, qui perturbe les nuits blanches du protagoniste, le bourdon signifie aussi la faute d’un éditeur qui, par accident, omet un mot. Seul le texte littéraire demeure comme un cadavre, un graphème testamentaire, d’un réel qui se tue à chaque instant derrière la lettre.

Quels sont les effets de ce rapport à l’écriture de Georges Perec ?

Perec, lorsqu’il travaille avec des règles mathématiques et des jeux de langage, impose des restrictions à lui-même et au lecteur. Dans la production de sa fiction, Georges Perec s’éloigne-t-il de la réalité ou s’approche-t-il du réel ? Cette interrogation renvoie au Réel lacanien. L’idée de représentation inclut celle de création. Le langage, compris d’un point de vue structurel, est un ensemble de significations qui sont provoquées par la différence des signifiants, de sorte que chaque signifiant engendre son sens dans la relation avec les autres, et fait que ce mouvement de signification crée une identification et un non-sens. La première restriction que l’homme trouve dans son rapport au monde est de se soumettre aux règles du langage. Ainsi, quelque chose se détache et ne cesse de ne pas s’écrire. Georges Perec, dans la proposition de son écriture, se soumet lui-même et le lecteur aux contreparties qui construisent un chemin individuel dans un chemin parcouru conjointement, écrivain et lecteur.

Et l’exemple paradoxal de l’écriture de Perec nous offre une indication de combien nous recherchons la continuité dans le sauvetage des souvenirs qui font de nous les sujets d’une histoire racontée bien avant que nous existions. Ainsi, nous sommes le résultat entre ce qui est montré dans les formations de l’inconscient, insistant sur une répétition énigmatique, et la possibilité de son élaboration dans l’effet de retour de l’inconscient.