Un mur rayé, un robinet qui goutte, une moquette tachée : sans trace écrite de l’état du logement au moment de la remise des clés, impossible de savoir qui est responsable. L’état des lieux dans une location est le seul document qui fixe une photographie précise du logement à un instant donné. C’est lui qui servira de référence le jour du départ pour distinguer l’usure normale d’une vraie dégradation.
État des lieux d’entrée : un droit de rectification souvent ignoré
La plupart des locataires pensent que tout se joue le jour de la signature. Vous venez de récupérer les clés, vous parcourez le logement avec le bailleur, vous cochez les cases du formulaire. Si vous oubliez un détail, c’est trop tard. Cette idée est fausse.
Le locataire peut demander une modification de l’état des lieux dans les 10 jours suivant sa signature. Si un défaut n’était pas visible lors de la visite (une fissure cachée par un meuble, une prise électrique non testée), il suffit d’adresser un courrier recommandé au bailleur pour compléter le document.
Mieux encore : pour le chauffage, le délai est étendu. Un dysfonctionnement constaté pendant le premier mois de la période de chauffe peut être signalé et ajouté à l’état des lieux d’entrée, même si tout semblait fonctionner en été. Ce mécanisme protège le locataire contre des défauts saisonniers par nature impossibles à détecter le jour de l’emménagement.
En pratique, peu de gens utilisent ces délais. Résultat : au moment de la sortie, le bailleur impute au locataire des dégradations qui existaient avant son arrivée.
Conséquences concrètes sur la restitution du dépôt de garantie

Vous vous demandez pourquoi tant de litiges tournent autour du dépôt de garantie ? La réponse tient souvent à la qualité de l’état des lieux, pas simplement à son existence.
Un document vague, avec des mentions du type « bon état » sans précision, laisse la porte ouverte à toutes les interprétations. Le bailleur peut considérer qu’une trace sur un mur est une dégradation. Le locataire peut estimer qu’elle relève de la vétusté. Sans description détaillée ni photos, c’est parole contre parole.
À l’inverse, un état des lieux précis accélère la restitution du dépôt. Quand l’état de sortie correspond à l’état d’entrée, le bailleur dispose d’un mois pour rendre la somme. Si des différences apparaissent, ce délai passe à deux mois, et les retenues doivent être justifiées par des devis ou factures.
Un document bâclé transforme une formalité rapide en contentieux qui peut durer plusieurs mois.
Ce que le document doit contenir pour avoir une vraie valeur
L’état des lieux est encadré par la loi du 6 juillet 1989, modifiée par la loi ALUR. Le document doit être établi de façon contradictoire, c’est-à-dire en présence du locataire et du bailleur (ou de son représentant). Chaque partie en reçoit un exemplaire signé.
Pour qu’il serve réellement en cas de litige, le contenu doit aller au-delà d’une description sommaire. Voici les éléments à vérifier pièce par pièce :
- L’état des murs, sols et plafonds, avec mention des traces, fissures, taches ou décollements, en précisant leur emplacement exact
- Le fonctionnement de chaque équipement fourni (robinetterie, plaques de cuisson, volets, interrupteurs, prises électriques)
- Les relevés des compteurs d’eau, d’électricité et de gaz au jour de la remise des clés
- Des photos datées pour appuyer les descriptions écrites, particulièrement utiles pour les zones d’usure ou les équipements anciens
Un point souvent négligé : la vétusté doit être distinguée des dégradations. Un parquet qui se ternit après plusieurs années de location relève de l’usure normale. Une brûlure de cigarette sur ce même parquet est une dégradation imputable au locataire. L’état des lieux d’entrée sert précisément à poser cette ligne de partage.
Absence d’état des lieux : ce que dit le juge
Quand aucun état des lieux d’entrée n’a été réalisé, la loi crée une présomption : le logement est réputé avoir été remis en bon état au locataire. Autrement dit, toute dégradation constatée à la sortie lui sera attribuée, sauf s’il parvient à prouver le contraire.
Cette présomption pèse lourdement sur le locataire. Apporter la preuve que tel défaut existait avant son arrivée, sans document ni photo, est très difficile devant un juge. Le bailleur, lui, peut simplement s’appuyer sur le constat de sortie pour justifier des retenues sur le dépôt de garantie.

Du côté du propriétaire, l’absence d’état des lieux n’est pas non plus avantageuse. Sans référence initiale, il devient compliqué de prouver qu’une dégradation est imputable au locataire et non à un défaut préexistant. Le document protège les deux parties.
Faire appel à un commissaire de justice en cas de désaccord
Quand l’une des parties refuse de se présenter au rendez-vous ou de signer le document, la situation se bloque. La loi prévoit un recours : faire appel à un commissaire de justice (anciennement huissier de justice) pour établir un constat locatif.
Le commissaire de justice convoque les deux parties par courrier au moins sept jours avant la date du constat. Les frais sont alors partagés par moitié entre le locataire et le bailleur. Ce constat a une force probante supérieure à un état des lieux amiable, ce qui en fait un outil de résolution de conflit avant même que le litige ne commence.
Ce recours reste sous-utilisé. Beaucoup de locataires ignorent qu’ils peuvent le déclencher eux-mêmes, sans attendre que le bailleur prenne l’initiative.
L’état des lieux n’est pas une formalité administrative de plus. C’est le seul document qui, le jour de la sortie, tranchera entre une restitution rapide du dépôt de garantie et un conflit qui finit devant un juge. Prendre vingt minutes de plus le jour de la remise des clés pour détailler chaque pièce, photographier chaque défaut et vérifier chaque équipement reste le meilleur investissement pour sécuriser sa location.

