Le diagnostic de performance énergétique (DPE) ne se limite plus à une formalité administrative lors d’une transaction. Les données de vente récentes montrent que l’étiquette énergétique d’un logement pèse sur son prix, mais aussi sur sa capacité à trouver preneur rapidement. Quelle est l’ampleur réelle de cet écart de valeur entre classes DPE, et à partir de quelle étiquette la décote devient-elle significative ?
Décote et surcote par classe DPE : les écarts chiffrés sur le marché
L’étude « valeur verte » des Notaires de France, actualisée sur les transactions de 2024, fournit les repères les plus fiables. La classe D sert de référence : c’est le point zéro à partir duquel on mesure les écarts de prix.
| Classe DPE | Écart de prix (maisons) | Écart de prix (appartements) |
|---|---|---|
| A-B | +6 à +14 % | +3 à +16 % |
| C | Légère surcote | Légère surcote |
| D | Référence (0 %) | Référence (0 %) |
| E | Environ -9 % | Environ -4 % |
| F-G | -2 à -18 % | -2 à -18 % |
Deux enseignements se dégagent. D’abord, une classe de DPE en moins coûte environ 8 % sur une maison et 4 % sur un appartement. Le marché ne sanctionne plus seulement les passoires thermiques F et G : la décote touche désormais clairement les logements classés E.
Ensuite, la surcote pour les meilleures étiquettes reste plus marquée pour les maisons que pour les appartements, probablement parce que le poste chauffage y pèse davantage dans le budget annuel.

Délai de vente et DPE : la liquidité du bien, angle sous-estimé
Les contenus sur le sujet se concentrent presque toujours sur la baisse de prix. Ils passent à côté d’un paramètre tout aussi concret : le temps nécessaire pour vendre.
Les données croisées DVF (Demandes de Valeurs Foncières) et DPE, publiées sur data.gouv.fr, permettent désormais de mesurer, commune par commune, le délai médian entre l’établissement du DPE et la signature de l’acte notarié. Le constat est net : les passoires thermiques se vendent plus lentement que les biens mieux classés, toutes choses égales par ailleurs.
Pour un propriétaire, cette dimension « liquidité » a des conséquences directes. Un bien qui reste plusieurs mois sur le marché génère des charges (taxe foncière, copropriété, éventuellement un crédit relais) et subit souvent des baisses de prix successives qui érodent sa valeur perçue par les acquéreurs.
Tension du marché local : pourquoi le DPE ne pèse pas partout pareil
L’impact de l’étiquette énergétique sur le prix varie fortement selon la localisation du bien. En zone très tendue (grandes métropoles, littoral prisé), la rareté de l’offre atténue la décote. Les acquéreurs, confrontés à une concurrence forte, acceptent plus facilement un DPE médiocre, quitte à prévoir des travaux.
En revanche, dans les territoires détendus où l’offre dépasse la demande, la sanction est plus sévère. Les biens classés A ou B s’y vendent de 14 à 21 % plus cher que la référence D, tandis que les logements F ou G subissent une décote maximale. L’acquéreur a le choix, donc il arbitre sur la facture énergétique future.
Ce gradient géographique explique pourquoi un même investissement de rénovation énergétique peut être très rentable dans une ville moyenne et presque neutre dans un arrondissement parisien saturé.
Le calendrier réglementaire renforce la pression
Le marché n’intègre pas seulement la performance énergétique actuelle. Il anticipe les contraintes à venir. Le calendrier des interdictions de location pèse déjà sur les prix des logements locatifs :
- Les logements classés G sont interdits à la location depuis janvier 2025, ce qui a réduit leur attractivité pour les investisseurs bien avant cette date
- Les logements classés F seront concernés par une interdiction de location à partir de 2028, créant dès maintenant une pression baissière sur leur valeur
- Les logements classés E feront l’objet d’une interdiction de location à compter de 2034, et la décote sur cette catégorie s’accélère déjà dans les transactions récentes
Pour un investisseur locatif, acheter un bien classé F ou G sans budget de rénovation revient à acquérir un actif qui perdra progressivement sa capacité à générer des revenus.

Rénovation énergétique et retour sur investissement : ce que les transactions révèlent
Faire passer un logement de l’étiquette F à l’étiquette D permet de récupérer la décote et de se repositionner sur la valeur de référence du marché. Mais le calcul ne s’arrête pas là.
Gagner deux classes de DPE sur une maison peut représenter un gain de valeur de l’ordre de 16 %, d’après les fourchettes observées par les Notaires de France. Ce gain doit être mis en regard du coût des travaux (isolation, changement de système de chauffage, ventilation) pour évaluer la pertinence financière de l’opération.
Deux variables pèsent dans ce calcul :
- La localisation du bien, qui détermine l’ampleur de la décote évitée ou de la surcote gagnée
- Le type de logement : les maisons individuelles, plus exposées aux déperditions thermiques, affichent des écarts de prix plus marqués entre classes DPE que les appartements en copropriété
- L’horizon de détention : plus la revente est lointaine, plus les contraintes réglementaires futures (interdictions de location, nouvelles normes) risquent de peser sur les biens non rénovés
Un signal prix désormais intégré dès la négociation
Les acquéreurs utilisent l’étiquette DPE comme levier de négociation. Un bien classé E ou F fait l’objet de demandes de rabais calibrées sur le coût estimé des travaux de remise à niveau. Le DPE est devenu un outil de négociation autant qu’un indicateur technique.
Cette mécanique crée un cercle : plus les acheteurs négocient sur la base du DPE, plus les vendeurs ont intérêt à rénover avant la mise en vente pour éviter la double peine (décote de marché et rabais de négociation).
Les données de marché convergent sur un point : l’étiquette DPE n’est plus un détail annexe dans une transaction immobilière. Elle structure les prix, les délais de vente et les stratégies patrimoniales. Le fait que la décote s’étende désormais aux logements classés E, et pas seulement aux passoires F et G, marque un basculement durable dans la manière dont le marché valorise la performance énergétique.

